{"id":261,"date":"2015-05-26T01:44:27","date_gmt":"2015-05-26T00:44:27","guid":{"rendered":"http:\/\/shglb.iftsn.com\/?p=261"},"modified":"2015-06-21T08:57:48","modified_gmt":"2015-06-21T13:57:48","slug":"une-travailleuse-de-la-tomate-cecile-spenard-poisson","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/shglb.com\/index.php\/2015\/05\/26\/une-travailleuse-de-la-tomate-cecile-spenard-poisson\/","title":{"rendered":"Une travailleuse de la tomate, C\u00e9cile Sp\u00e9nard-Poisson"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: center;\"><strong>La tomaterie de Saint-Pierre, vers 1940.<\/strong><\/p>\n<p>B\u00e2tie au d\u00e9but des ann\u00e9es 1900, la conserverie de tomate de Saint-Pierre n\u2019est plus maintenant qu\u2019un souvenir. Il faut s\u2019imaginer l\u2019activit\u00e9 qui pouvait r\u00e9gner<!--more--> au village durant une courte p\u00e9riode de l\u2019\u00e9t\u00e9, soit en ao\u00fbt et une partie de septembre. Une quarantaine de femmes et de jeunes filles et une dizaine d\u2019hommes de la r\u00e9gion travaillaient \u00e0 la tomaterie. C\u2019est ce que nous a appris madame C\u00e9cile Sp\u00e9nard-Poisson qui a eu la gentillesse de nous raconter cette partie de sa vie de jeunesse. Dans la photo ci-dessous, elle est tr\u00e8s attentive aux questions pos\u00e9es, pour donner des r\u00e9ponses pr\u00e9cises; nous la remercions de sa gentillesse.<br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" wp-image-520 alignright\" src=\"https:\/\/shglb.com\/wp-content\/uploads\/C\u00e9cile-Sp\u00e9nard-Poisson.jpg\" alt=\"C\u00e9cile Sp\u00e9nard-Poisson\" width=\"400\" height=\"431\" \/>Les tomates, cultiv\u00e9es \u00e0 Saint-Pierre, bien s\u00fbr, mais aussi dans toute la r\u00e9gion et m\u00eame \u00e0 St-Damase, pr\u00e8s de St-Hyacinthe, \u00e9taient transport\u00e9es par camion jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usine de transformation de St-Pierre.<\/p>\n<p>Les hommes se chargeaient de recevoir et de peser l\u2019arrivage des tomates, puis ils les \u00e9bouillantaient pendant un temps pr\u00e9cis, et les refroidissaient rapidement; ceci facilitait l\u2019\u00e9tape suivante, ex\u00e9cut\u00e9e exclusivement par des femmes; elles \u00e9taient charg\u00e9es de peler les tomates et d\u2019\u00e9liminer toute partie ind\u00e9sirable.<\/p>\n<p>Ces femmes, les \u00ab \u00e9plucheuses \u00bb, avaient chacune leur espace de travail pour recevoir les tomates transport\u00e9es dans des chaudi\u00e8res de vingt livres et pr\u00eates \u00e0 \u00eatre pel\u00e9es; elles emplissaient de tomates pel\u00e9es d\u2019autres contenants et mettaient de c\u00f4t\u00e9 les pelures qui serviraient plus tard \u00e0 la fabrication de ketchup; rien ne se perdait! Comme ces travailleuses \u00e9taient pay\u00e9es \u00e0 la quantit\u00e9 de tomates pel\u00e9es, il valait mieux recevoir des grosses tomates r\u00e9guli\u00e8res et sans d\u00e9faut plut\u00f4t que des petites. Celles de St-Damase \u00e9taient reconnues pour \u00eatre grosses et plus faciles \u00e0 travailler.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-533 size-full\" src=\"https:\/\/shglb.com\/wp-content\/uploads\/cuiller-\u00e0-tomate.jpg\" alt=\"cuiller \u00e0 tomate\" width=\"372\" height=\"133\" \/><\/p>\n<p>Le travail se faisait \u00e0 l\u2019aide d\u2019une cuiller \u00e0 manche \u00e9pais, et aux bords aiguis\u00e9s (ci-contre).<\/p>\n<p>Les hommes venaient ensuite qu\u00e9rir les tomates pel\u00e9es; l\u2019\u00e9tape suivante \u00e9tait le \u00ab cannage \u00bb; les tomates enti\u00e8res \u00e9taient mises dans les bo\u00eetes de conserve, puis le sertissage se faisait \u00e0 la cha\u00eene. Il fallait par la suite st\u00e9riliser les conserves \u00e0 l\u2019aide de 2 ou 3 gros autoclaves durant un temps d\u00e9termin\u00e9. On pense que la chaleur dans le st\u00e9rilisateur \u00e9tait produite par un feu de bois plac\u00e9 sous l\u2019autoclave; en effet, dans un des contrats notari\u00e9s, on parle de \u00ab bois de chauffage qui est dans la b\u00e2tisse \u00bb; \u00e9tant donn\u00e9 que l\u2019usine n\u2019\u00e9tait utilis\u00e9e qu\u2019en \u00e9t\u00e9, ce bois ne pouvait servir qu\u2019\u00e0 cette fonction.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019aide de palans, on sortait le cannage des autoclaves, et les bo\u00eetes de conserves \u00e9taient refroidies selon une technique pr\u00e9cise. C\u2019est un autre secret du succ\u00e8s de la conserve. Tout ceci consommait de l\u2019eau, fournie par un aqueduc priv\u00e9 desservant le village; tout le cannage \u00e9tait entrepos\u00e9 dans un coin de l\u2019usine. Avant d\u2019\u00e9couler la marchandise \u00e0 la fin de la saison, on y collait une \u00e9tiquette, un \u00ab label \u00bb. Le produit fini \u00e9tait vendu dans divers march\u00e9s et commerces.<\/p>\n<p>Ce sont les hommes qui \u00e9taient charg\u00e9s de pr\u00e9parer le ketchup fait \u00e0 partir des pelures. Avaient-ils une recette secr\u00e8te? Leur travail \u00e9tant tr\u00e8s vari\u00e9, leur salaire \u00e9tait horaire contrairement aux femmes qui \u00e9taient pay\u00e9es \u00e0 la pi\u00e8ce ou \u00e0 la chaudi\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce travail vraiment saisonnier s\u2019\u00e9tirait de 7 heures du matin \u00e0 6 heures le soir, avec une petite heure pour d\u00eener; les pauses \u00e9taient un luxe que les ouvri\u00e8res ne pouvaient pas se permettre, \u00e9tant pay\u00e9es selon leur production. Il faut imaginer ces gens courageux, lev\u00e9s t\u00f4t, couch\u00e9s tard, travaillant dans la chaleur, l\u2019humidit\u00e9 des autoclaves, les d\u00e9chets, pour un revenu modeste; ils ont contribu\u00e9 \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9gion; il serait int\u00e9ressant qu\u2019une autre industrie agro-alimentaire voie le jour, en ces temps difficiles.<\/p>\n<p>(Propos recueillis en janvier 2013, de Madame C\u00e9cile Sp\u00e9nard-Poisson, \u00e2g\u00e9e de 92 ans et qui a travaill\u00e9 \u00e0 l\u2019usine. Cette entrevue a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e sur vid\u00e9o, et est conserv\u00e9e dans les archives de la soci\u00e9t\u00e9).<\/p>\n<p>P.S. : Nous avons employ\u00e9 dans cet article le vocabulaire utilis\u00e9 par les travailleurs de l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La tomaterie de Saint-Pierre, vers 1940. 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